Proverbe convergent

Ma mère me répétait :
« -La nuit tous les chats sont gris ». J’avais beau examiner de près les rues désertes que nous traversions, confortablement assise à l’arrière de la voiture, je ne comprenais pas. Nous évitions de justesse quelques chats blanc et noir qui se jetaient devant nos roues. Si cette affirmation signifiait que la nuit confond les hommes et les femmes ; qu’il est question ici d’apparence et de vraisemblance, je considère aujourd’hui que « la nuit tous les gars sont pris ». Passagère à l’avant de ce véhicule, je ne vois pour tout chat que des gars mal accompagnés. Certains titubent. Quand ils ne sont pas pris, ils sont gris. Sans doute sont-ils gris d’être pris ….?

Camille en cavale

Un travail collaboratif enrichissant. Une histoire rocambolesque, des personnages extravagants et une bonne dose de fantaisie. Voici le cocktail « bonne humeur » du dernier roman de Nelly Bridenne. Quelle bonne idée que celle de Nelly de m’avoir permis de donner vie à certains de ses personnages au gré de l’inspiration ! Je la remercie pour cela.
N’attendez plus pour vous procurer Camille en cavale aux éditions : http://confessionsdunpolisson.blogspot.fr/
Camille en cavale

Brève revisitée

 La montagne, ça refroidit

 

Pourquoi Diable, tout le monde s’offusque de la réapparition de Patrice Hyvert ? C’est vrai, il est parti sans faire de bruit un matin d’été, et il n’est jamais revenu. La police est venue interroger la famille, les voisins sans trouver d’explication, ni de pistes à explorer. C’est un solitaire le Patrice ! Toujours à crapahuter dans la montagne. Pas du genre à beaucoup causer, sauf avec Marie, qui à force de ténacité a réussi à gagner une petite place dans sa vie, et s’est mis en tête de l’épouser. C’est sûr, c’est un beau parti et la vie en montagne est rude. Elle a pensé à tout pour qu’ils ne manquent de rien. Elle le presse. Il hésite. Elle sait s’y prendre la cajoleuse ! Ils se sont mariés la veille de son départ en expédition. Elle a préparé elle-même son matériel. Et puis, plus rien, pendant des mois, des années même. Oublié le Patrice, envolée la Marie… Lui, qui n’était pas pressé de s’engager, il ne s’est pas pressé pour revenir. Voilà qu’aujourd’hui, 32 ans après, le glacier se décide à nous le rendre : il n’a pas pris une ride.

Hibernatus n’a qu’à bien se tenir !

 

 

Brève, 9 juillet 2014

Le corps d’un alpiniste retrouvé 32 ans après sa disparition dans le massif du Mont-Blanc

 

A l’appel du café littéraire Calipso et de son mentor Patrick L’Ecolier, je me suis prise au jeu pour réécrire un fait divers…à ma manière

L’envers du miroir

Cela faisait bien longtemps que je ne passais plus devant le miroir et de toute façon cette fêlure là, j’étais la seule à pouvoir l’identifier…
Dire que tout avait commencé par des mois d’intense préparation mentale et physique pour faire de nous des machines à tuer. Au début, j’avais instinctivement lutté contre la discipline militaire, sans imaginer qu’un jour j’aurai à me servir de ces rudiments. Plus tard, en captivité, j’avais eu le temps de constater combien ce carcan, désormais évanoui, était rassurant et familier au regard de ce que nous infligeaient nos gardes.
En pleine jungle, nous n’étions que de pauvres erres, abandonnés de tous, à la merci d’extrémistes machiavéliques qui se délectaient de nous voir avilis et souffrants. Au début, nous avions résisté bien sûr mais la résistance s’était effritée, effilochée et la résignation l’avait peu à peu remplacée, permettant sans doute de survivre à nos conditions de détention.
Bien sûr, nous avions élaboré un plan d’évasion à plusieurs reprises et le pire c’était de goûter pendant quelques heures à la liberté dans notre fuite, avant de se faire reprendre. Nous savions alors ce que nous devrions endurer jusqu’à la prochaine tentative : privations, humiliations, isolement…
Nous nous raccrochions à l’espoir d’une libération imminente mais chaque semaine s’égrenait lentement jusqu’à devenir des mois. Cent fois j’ai souhaité abréger ces journées et ces nuits qui n’en finissaient pas de s’étirer.
Un matin, au cœur du désespoir et tandis qu’au plus profond de mon être et de mon âme, mes forces et ma volonté m’abandonnaient, un petit miracle se produisit : nous avions eu les bonnes grâces de nos gardes qui nous avaient autorisés à nous éclipser à l’abri des baraquements pour nous laver dans le fleuve. Nous avons profité de quelques secondes d’inattention pour leur voler cet instant : nous avons rapidement disparu sous les eaux brunâtres et ne sommes ressortis sur la rive opposée qu’une centaine de mètres plus loin. En silence, nous nous sommes engouffrés dans l’épaisseur de la forêt et avons couru à perdre haleine pendant plusieurs  kilomètres. A la nuit tombée, nous avons réussi à passer la frontière et au petit matin, nous étions à l’ambassade de France. Cela signait la fin de notre cauchemar, du moins le croyais-je. Après notre rapatriement, j’étais impatiente de prendre soin de moi, de ce corps négligé et meurtri. J’ai ressenti un tel choc en apercevant l’image que me renvoyait le miroir d’un corps décharné, désincarné, qu’à compter de cet instant, je sus que je ne ressemblais à personne et que personne ne me ressemblait

 

La phrase en caractères gras est extraite des Carnets du sous-sol, écrits par Dostoievski

JOURNAL D’UNE PASSAGERE DU SUD

Mon jardin secret abrite un rêve extraordinaire : J’imagine que j’arrête de travailler pour ne faire qu’explorer des territoires inconnus et écrire, ou plutôt écrire pour mieux les explorer… Mes plus beaux et plus lointains périples m’ont laissé des souvenirs intacts, empreints d’émotions liées à de belles rencontres, ou à de magnifiques paysages. Mais est-il plus belle excursion que celle que l’on fait au pays de son cœur, au fil des pages que l’on noircit ? Celle que je vais vous conter est une traversée intérieure, et une invitation au rêve. Voici à quoi pourrait ressembler mon rêve : Je me trouve en Égypte, avec ma famille. Nous descendons le Nil à bord dune felouque au charme désuet, sous le soleil d’avril. Le bruissement des papyrus semble accompagner en mesure, le clapotis de l’eau limoneuse du fleuve. A bord, nous profitons de la brise, bercés par de légers remous. Morphée nous accueille pour une sieste quotidienne. Après quoi, parés de canotiers et capelines, nous dévorons en silence un de ces romans d’aventure qui se lisent d’une traite. En cette fin d’après midi, notre capitaine nous invite à poser pied à terre. La pyramide de Louxor abritant le tombeau funéraire de Toutankhamon nous attend, majestueuse. A l’intérieur, alors que nous profitons de la fraîcheur du corridor qui mène à la chambre funéraire, le vent s’engouffre dans chaque interstice et semble parfois faire écho à un geignement qui provient de la chambre. Cette atmosphère quasi mystique ne m’impressionne pas. Au contraire, elle m’émeut. A l’extérieur de la pyramide, nous parcourons le site qui se pare de ses ocre les plus chatoyantes et sommes subjugués par un coucher de soleil flamboyant. Le vent n’a rien perdu de son intensité et avec un peu d’imagination, nous pourrions presque lui prêter voix humaine, en résonance à la plainte éperdue et éternelle de la jeune divinité, disparue prématurément. Je rejoins ma famille qui s’impatiente. Le lendemain, nous poursuivons notre ballade au cœur d’une oasis. Tout en dégustant un thé à la menthe rafraichissant, je me fonds avec les éléments. Ce petit coin préservé au milieu du désert, est un véritable havre de paix propice au vagabondage de l’âme. Le jour suivant, notre escapade s’achève. Nous partons tôt pour l’ancienne Babylone. Ce court passage au Caire me surprend d’abord, puis me touche. Le Caire grouille, Le Caire vibre ! Bien que méditerranéenne, cette ville est survoltée, probablement du fait de sa densité. Je suis conquise par la disponibilité des habitants, leur générosité et leur accueil. Une famille nous invite à boire le thé dans sa maison et fait preuve à notre égard d’une hospitalité sans faille. Quelle belle leçon d’humilité pour nous autres ! La vraie beauté intérieure de ces gens là est contenue dans leur simplicité et leur spontanéité. Le Mexique, le Sri Lanka, le Maroc, autant de contrées visitées. Puis l’Égypte, seul pays où je ne suis jamais allée, et pourtant je me suis laissée porter par mes rêves, antichambre de l’imaginaire. L’écriture nous pousse parfois dans nos retranchements et exhume des pépites enfouies au plus profond de nous-mêmes. Au commencement, il est un périple qui exige de se mettre à nu, de se retrouver face à soi-même, car écrire est un acte d’amour et de loyauté. Le véritable bonheur que m’offre l’écriture, c’est celui le la liberté, ingrédient indispensable qui met en mouvement mon évasion à travers les mots